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Calculer la date

Est-ce une bonne idée ?

La date de la venue du Machia'h fait partie des choses cachées et secrètes. Lorsque notre patriarche Jacob voulu dévoiler à ses enfants le jour de la délivrance, la présence divine se retira de lui et la chose lui fut impossible. Le Talmud1 déclare « Que se volatilisent ceux qui supputent des délais ! » et le Rambam (Maïmonide)2, tranche de la même manière : « On ne calculera pas d'échéance (pour la Délivrance messianique). »

L'une des explications avancées pour expliquer ce mystère est que, si l'échéance était connue, il ne serait pas possible d'accélérer le processus de la Rédemption. Ce qui est contraire au principe clairement énoncé dans le Talmud : « Si le Peuple Juif est méritant, Je la hâterai. S'il n'est pas méritant, elle viendra en son temps. » C'est-à-dire que, si nous en sommes dignes, la délivrance messianique interviendra avant l’échéance qui lui a été fixée. Mais, si la date aura été clairement annoncée, il ne sera pas possible de la remettre en question. C'est pour cela qu'il est interdit de la dévoiler et, tant que cette information n'est pas parvenue dans notre monde, il nous appartient de faire venir le Machia'h le plus tôt possible.

Une autre explication est que, si le moment de la délivrance était connu à l'avance, l'attente de celle-ci ne serait pas empreinte de la même impatience et nous ne nous préparerions pas à son avènement avant l'époque fixée. La date est donc restée secrète pour que nous vivions chaque jour et à chaque instant dans l'attente de la délivrance en la considérant, non comme un évènement appartenant à un lointain futur, mais comme une réalité qui peut se matérialiser d'un instant à l'autre.3

Cela dépend des circonstances

Il semble ressortir de tout cela que la Torah exclut toute supputation de l'échéance messianique. Pourtant le Talmud lui-même avance plusieurs dates possibles et ce, dans le même chapitre dans lequel il est dit « Que se volatilisent ceux qui supputent des délais ! » Et de telles estimations sont ramenées dans de nombreux livres de Sages juifs de toutes les époques.4 En outre, le Rambam lui-même, qui a tranché la loi selon laquelle il est interdit de calculer des dates, avance une échéance dans sa correspondance avec la communauté juive yéménite intitulée « l'Epître du Yémen » !

Cette apparente contradiction trouve sa solution dans l'argument donné par le Talmud pour interdire toute supputation : « Si le Machia'h ne venait pas au moment annoncé, les Juifs pourraient se dire qu'il ne viendrait finalement pas. »Dès lors, il apparaît que la question du calcul des dates n'est pas à sens unique mais dépend des circonstances : lorsqu'il y a lieu de craindre que la déception entraîne une diminution de la foi, il est interdit d'annoncer une date propice à la venue du Machia'h. Mais, lorsque le Peuple d'Israël vit une crise et les Juifs n'attachent plus de foi qu'à des futilités, il est alors permis de révéler un moment propice pour éveiller au sein du peuple l'espoir et le sentiment que la Délivrance est proche. Ceci explique pourquoi le Rambam écrivit aux Juifs yéménites au sujet d'une date propice : ceux-ci venaient de subir la terrible déception d'un faux messie. Dans sa missive, le Rambam expliqua également les dates avancées par les autres sages d'Israël qui l'avaient précédé.

L'interdiction est levée

Le Ramban (Na'hmanide) donna plusieurs raisons pour justifier le fait qu'il avançait une date.5 Il dit d'abord que cette interdiction ne concernait que les premières générations qui étaient si loin de la Délivrance que le dévoilement du terme de l'exil n'aurait eu pour effet que d'affaiblir leur foi. Mais aujourd'hui « puisque nous sommes plus proches qu'eux de la fin de l'exil, l'interdiction d'en dévoiler l'échéance est certainement levée car le motif de l'interdiction a disparu. » Il ajoute qu'une telle annonce n'est interdite que lorsqu'elle peut constituer un danger pour la Communauté, alors que la date qu'il annonçait ne ferait que la renforcer et amènerait « un regain de bienfait et de consolation. »Il termine en disant qu'il n'est interdit que de donner une date « précise et ferme », capacité qui n'est dévolue qu'aux Prophètes, alors que la date qu'il avançait était présentée comme étant simplement « une éventualité ».

Don Its'hak Abrabanel6 pense que les Sages du Talmud ont dénoncé ceux qui calculaient des échéances d’après l’astrologie « mais les Sages de parole n’ont pas décrié ceux qui cherchaient à découvrir le terme messianique par l’analyse des paroles des Prophètes et de ceux qui s’exprimaient avec inspiration divine, car c’était pour ceux-ci une habitude régulière de donner des signes révélateurs de la génération dans laquelle viendra le rejeton de David. » D’après lui, non seulement l’aspiration à connaître l’échéance messianique n’est pas en soi négative, mais elle est au contraire l’expression d’un véritable désir de la venue du Machia’h. Ainsi trouvons nous dans le Talmud que lorsque le prophète Éliahou se révélait à certains de nos Sages, ceux-ci en profitaient pour lui demander quand viendrait le Machia’h. Il ajoute que l’échéance était cachée aux premières générations de l’exil mais que, à l’approche de la Délivrance, « D.ieu ouvrira son trésor de bienfaits, et le peuple qui avance dans les ténèbres [...] verra ce que les premières générations n’auront pas vu. » Il s’appuie en cela sur les paroles de Rabbi Chimone bar Yo’haï selon lesquelles peu avant la Délivrance les secrets cachés et l’échéance messianique se révèleront à tous, y compris aux enfants. (Zohar Béréchit 118a)

Mis à part cela, il convient de faire la différence entre les échéances qui ont été avancées par les chefs et sages du Peuple Juif de celles calculées par d’autres personnes. L’interdiction ne s’appliquent qu’aux personnes communes et non aux Tsadikim car, d’une part, ceux-ci savent apprécier l’influence que peut avoir la divulgation d’une échéance, et, d’autre part,  ils ont des intentions particulières dans ce genre de révélations (comme par exemple pour faire l’éloge du peuple juif auprès de D.ieu, en exprimant que le parachèvement de leur tâche leur vaut la Rédemption immédiate. Ou bien pour signifier à D.ieu qu’il est temps qu’Il envoie le Machia’h, tel un enfant qui « réprimanderait » son père en lui disant « Papa, voilà ce qu’il est écrit dans la Torah. »)7.

Il faut également différencier les échéances qui sont le fruit de calculs et d’estimations de certaines personnes par rapport à celles qui nous ont été transmises par la tradition, de sources fiables. Les calculs personnels peuvent s’avérer faux, alors que les échéances contenues dans la Torah Écrite ou transmises par les Torah Orales sont véridiques.

Il est important de préciser que ce débat ne concerne que la révélation d’une date précise de la venue du Machia’h. Il n’y a, par contre, aucune restriction quant à la révélation qu’une certaine période est particulièrement propice à l’avènement messianique et d’annoncer qu’il convient alors de s’efforcer particulièrement de s’améliorer dans l’étude de la Torah et la pratique des Mitsvot pour s’y préparer. C’est bien dans cette intention que les Sages nous ont dévoilés dans le Talmud les signes caractéristiques de la période dénommée le « talon du Machia’h » : afin que nous puissions mettre cette période à profit pour nous préparer à la Délivrance.8

Dans les mondes supérieurs

Il est légitime de se demander pourquoi les échéances données par la Torah ne se sont pas concrétisées. Il y a à cela plusieurs explications : ces dates étaient des moments propices lors desquelles la Délivrance aurait pu survenir, malheureusement nos fautes nous ont fait rater ces occasions. Toutes les échéances avancées par les véritables Sages d’Israël étaient réellement dignes de l’avènement messianique mais il s’est toujours trouvé un évènement malencontreux qui l’a empêché. Le Zohar ‘Hadach9 précise qu’il existe une telle date propice pour chaque génération, mais qu’il est possible de la rater faute de mérites.

Bien que ces dates n’aient pas vue la Rédemption se réaliser, elles n’ont pas été sans effet. Lors de chacune d’entre elles, se sont déroulés des évènements qui ont tous constitués des étapes décisives dans le cheminement vers la Délivrance (comme certains développements majeurs dans le dévoilement de la Kabbale et de la ‘Hassidout. Il est raconté10 que l’année 5603 (1843) était connue comme une année propice. Quand on a demandé au Rabbi « Tséma’h Tsédek » pourquoi la Délivrance n’était pas arrivée, celui-ci répondit que ce fut l’année de l’impression (et donc de la diffusion à grande échelle) du Likoutei Torah de l’Admour Hazaken et que cela constituait un dévoilement de la lumière de la Délivrance.)

L’Admour de Kamarna rapporte dans son livre « Heikhal Haberakha » une explication intéressante : les diverses échéances données par les Sages d’Israël furent réellement des jours de Délivrance du point de vue de leur service divin respectif. Tous les Tsaddikim ont, en effet, une fonction spécifique dans ce monde et lorsque l’un d’entre eux percevait que sa mission serait achevée à une certaine date, il annonçait la Délivrance pour ce jour, dans l’espoir que la perfection qu’il avait atteint dans son travail personnel matérialise une échéance collective et une délivrance générale pour l’ensemble du Peuple Juif. Ainsi, si nous n’avons malheureusement pas mérité la Délivrance ces jours là, ce furent, pour ces Sages et ceux qui leur étaient attachés, des jours réellement lumineux.

L’Admour Hazakène, auteur du Tanya, explique que les Tsadikim voient les choses telles qu’elles existent dans les mondes supérieurs. Et dans ces niveaux élevés, la lumière de la Délivrance a réellement brillé lors de ces jours propices. Cependant, entre les mondes supérieurs et le nôtre, il peut y avoir toutes sortes d’obstacles et d’entraves qui empêchent la Délivrance de descendre ici-bas. D’un autre côté, une échéance qui sera donnée par un prophète se réalisera exactement selon les termes de la prophétie.11

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NOTES
1. Sanhédrine (97b)
2. Lois des Rois, 12:1.
3. Sefer Hasi'hot 5750, vol. 2, p. 398. Le Rabbi de Loubavitch y approfondit cette explication, disant notamment que la non-révélation de l'échéance messianique a créé un lien entre l'exil et la délivrance, du fait qu'on vive en temps d'exil avec la notion de délivrance et en s'y tenant prêt.
4. Par exemple Rav Saadia Gaon dans son livre Emounot veDéot (maamar chéni); Na'hmanide dans son Sefer Hagueoula (chaar revii) et dans son commentaire sur la Torah, sur Genèse 2,3; Don Its'hak Abrabanel, dans son livre Mayanei Hayéchoua (maayane 12, chaar 2, tamar 7), Rabbénou Bé'hayé dans son commentaire sur la Torah, sur Genèse 2,3; Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi dans Maamarei Admour Hazakène parachiot p. 419, 423. Une liste d'échéances est donnée dans les notes du rav Réouven Margalyot sur le livre Chéélot Outchevout mine Hachamayim, chap. 72.
5. Sefer Haguéoula, mentionné ci-dessus.
6. Maayané Hayéchoua, I, 2.
7. Voir à ce propos Likoutei Si’hot vol. 29, p. 15 et suiv.
8. Voir, dans cet esprit, dans les écrits du ‘Hafets ‘Haïm : Chem Olam, chaar Hahit’hazkout chap. 12 et ’Homat Hadat, chap. 3.
9. Tikounim 95b.
10. Sefer Hasi'hot Torat Chalom, p. 237.
11. Cf. Migdal Oz, p. 508

par Menahem Brod
Le Rav Menahem Brod est le porte-parole du mouvement de la Jeunesse Loubavitch en Israël et le rédacteur en chef de l'hebdomadaire "Si'hat Hachavoua".

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Commentaires des lecteurs
Derniers commentaires:
Envoyé le : Dec 31, 2008
Calculer la date
Personnellement je trouve que tout est trop court sur Terre. Pourquoi vivre en moyenne 70 ans? pourquoi vouloir la "Délivrance" si tôt?
A 10 ans nous n'avons pas conscience de notre être, de ce pourquoi nous sommes sur Terre et à 20 ans nous sommes déjà engagés dans une voie dont on a peu de chance de pouvoir dévier. Je voudrais 30 ans pour apprendre et me forger, je voudrais 50 ans pour avoir des enfants, travailler sans sentir le poid de la vie, je voudrais encore 50 ans pour profitter du monde.
Il en est de même pour la Délivrance, je pense qu'on la souhaite proche lorsque l'on souffre. Mais après l'exploit de la Création par le Plus Haut, après l'exploit de la vie par les hommes, 6000 ou même 7000 ans c'est trop court. Je ne suis pas matérielle, au contraire, c'est mon esprit qui n'aura jamais le temps de connaitre tous les bienfaits sur Terre de Hashem. Il a fait tant, nous en savons peu et nous voulons déjà la fin.
Envoyé par Anonyme, Paris, France

Envoyé le : Dec 30, 2008
Je trouve cette expression de la foi très intéressante. Je trouve ça rigoureux, rassurant.
Ça me donne le goût de l'explorer, d'aller vers le judaïsme dans cette époque où j'entends souvent parler de la fin du monde. Je sens mes besoins spirituels grandir.
Envoyé par ג 'יימס המקדש, Québec, Québec
par jquebec.com



 


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Conversations avec les Jeunes
  La sujet de la venue du Machia'h et de la délivrance messianique a suscité ces dernières années un grand intérêt de la part du public, notamment suite à l'impulsion que le Rabbi de Loubavitch a donnée à son étude. Cet ouvrage rassemble les différentes sources sur ce sujet, aussi bien dans les textes bibliques, que dans la littérature talmudique et rabbinique. Ecrit dans un langage clair et simple, il se veut accessible au plus grand nombre. Il a été édité en 1993 par la Jeunesse Loubavitch en Israël.