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Aimer qui ?

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même »

Question :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même », dit la Torah. Quelles sont les limites de ce commandement ?

Réponse :

Tout d'abord, définissons ce que c’est que cet « amour » dont il est question. Il ne s’agit pas bien sûr d’aimer son prochain comme Roméo aimait Juliette ou comme les ours aiment le miel...

D’après nos Sages, aimer son prochain c’est savoir se mettre à sa place pour comprendre ce dont il a besoin et chercher à préserver son bien-être. Dans les mots de Hillel l’Ancien, « Ne fais pas à ton prochain ce que tu détestes qu’on te fasse. »

Dans cet esprit, il est possible – et nécessaire – d’appliquer la devise « aime ton prochain comme toi-même » à toutes les créatures, à tout ce qui peuple les quatre règnes de la nature : le monde minéral, le végétal, l’animal et le monde des hommes.

Qu'est-ce que cela signifie ?

Cela veut dire que je dois déceler en quoi une créature est « mon prochain », en quoi elle est « comme moi-même » et dans quelle mesure je peux « me mettre à sa place », et l'aimer en conséquence.

– En quoi sommes-nous « prochains » des minéraux ?

Ils existent, tout simplement ! Tout comme nous, ils ont été créés par D.ieu dans un but précis connu de Lui. Le moindre grain de sable au fond de la mer à sa place dans le Plan divin et est indispensable à la bonne marche de l’univers.

Être « minéral », c'est être humble et effacé. Même devant un autre minéral. C'est ce que nous demandons à la fin de la amidah : « Puissé-je être comme de la poussière envers toute chose », c'est-à-dire que je sois totalement inerte, tel un minéral, face aux tentatives de séduction du mauvais penchant qui peuvent être liées à tout ce que je rencontre.

Le côté minéral de l'homme, c'est son côté physique. Celui avec lequel il accomplit concrètement la volonté divine, ce qui constitue la véritable soumission à D.ieu.

« Aimer » un minéral – par exemple un caillou –, cela veut dire reconnaître et accepter qu'il a sa place dans ce monde. En effet, le caillou est muet, il reste coi, annulé, effacé devant la vérité divine.


– En quoi sommes-nous « prochains » des végétaux ?

Ils grandissent. Comme nous, ils vivent, se développent et donnent des fruits pour perpétuer leur espèce. La Torah dit : « Ne détruis pas l'arbre fruitier, car l'homme est un arbre des champs. » (Deutéronome 20, 19).

Être « végétal », c'est développer un sentiment fort, car un sentiment croît de façon linéaire, et demeure à la même place, comme un arbre. (Car l'amour reste l'amour, l'aversion reste l'aversion, etc. Quand on détestait et qu'on se met à aimer, c’est que l'aversion est morte, déracinée, et qu’en son lieu et place, on a planté l'amour.)

Le côté végétal de l'homme, c'est son être émotionnel. Celui avec lequel il va aimer et craindre D.ieu, source de sa motivation dans le service de D.ieu.

« Aimer » un végétal – par exemple un arbre –, cela veut dire éprouver un sentiment d'importance quant au développement de cette vie. La vie végétale est un processus, dans lequel j'ai le choix d'intervenir en bien ou en mal, ou de ne pas intervenir. Cela doit être pour moi important que l'arbre mène son existence à bien. Détruire pour construire, c’est construire. Mais détruire pour détruire, c’est dégrader la création de D.ieu.


– En quoi sommes-nous « prochains » des animaux ?

Comme nous, ils sont conscients de leur existence et aspirent consciemment à assouvir leurs besoins. Pour ce faire, ils adoptent des comportements et des stratégies. Ils considèrent la situation et ses paramètres et s’engagent dans une démarche jusqu’à acquérir l’objet de leur désir. L'animal est conscient. Je dois incorporer à ma conscience, le fait que l'animal possède cette conscience.

Être « animal », c'est pouvoir se déplacer dans sa réflexion pour envisager les choses selon divers angles, selon divers points de vue, tout comme l'animal est mobile.

Le côté animal de l'homme, c'est son être intellectuel. Celui avec lequel il va comprendre le divin et approfondir cette connaissance en déplaçant son angle de vue.

« Aimer » un animal, cela veut dire intégrer à sa réflexion, à sa planification d'une vie dans laquelle cet animal existe, le paramètre du bien-être de cet animal. Ainsi doit-on s’organiser pour nourrir ses bêtes avant même de nourrir sa famille, enseigne le Talmud. Ainsi doit-on veiller à ce que le couteau de che’hitah, l’abattage rituel, soit si aiguisé que l’opération est absolument sans douleur pour l’animal.


– En quoi les êtres humains sont-ils « prochains » les uns des autres ?

Tous les êtres humains partagent un besoin spécifique à la condition humaine : ils ont besoin d’être respectés, et de se sentir respectés.

« Aimer » un être humain, c'est lui accorder une importance en tant qu'individu, le respecter dans sa spécificité. Il ne s'agit pas d'aimer ou d'apprécier, cette spécificité. Si vous n'aimez pas le rap, on ne vous demande pas d'aimer le rap au motif qu'il existe des rappeurs. Il s'agit de respecter le fait que le rappeur voit, lui, un bien dans le rap. Il s'agit de reconnaître et respecter l'existence de ce bien chez autrui. C’est la base du « vivre ensemble » qui est le ciment de notre société.

[Toutefois, cela n’est pas toujours possible. Car si le mal n’existe pas dans la nature minérale, végétale et animale, il n’en est, hélas, pas de même de la nature humaine, dotée d’un mauvais penchant. Ainsi existe-t-il une minorité d’êtres humains qui ne se définit que par le mal et par la haine qu’ils vouent à untel ou untel. Difficile de respecter ces gens-là, ou de trouver quelque chose à « aimer »  en eux, si ce n’est l'étincelle divine qui, pour une raison liée au Plan divin, les crée et dont il convient d’avoir pitié.]

Être « humain », c'est comprendre que chaque chose a un rôle dans la création, que chaque chose a un sens. La souffrance d'un pauvre n'est souvent là que pour donner au riche l'opportunité de l'aider. Il faut savoir saisir les occasions et ne pas avoir un cœur de pierre, ne pas se transformer en saule pleureur, en chien peureux, ou en philosophe détaché devant la souffrance d'autrui. Il faut faire confiance à D.ieu qui nous a mis dans une position d'agir, et agir. Avec la fermeté du rocher et la fluidité de l'eau, avec la droiture du séquoia et la souplesse du roseau, avec la rapidité du guépard et la force du buffle, avec la responsabilité et la gentillesse de l'homme.

Le côté humain de l'homme, c'est son être moral et responsable. Celui avec lequel il va faire le Bien et repousser le Mal. Celui avec lequel il va s'associer à D.ieu.


– Y a-t-il une spécificité juive à l’amour du prochain ?

Au-delà du respect et de la moralité, « aimer comme un Juif », c'est reconnaître, admettre, apprécier, comprendre, considérer qu'il y a quelque chose de divin en toute chose et en tout être. Et savoir que notre interaction positive avec cet être révélera ce potentiel et fera de cette chose un relais du divin au bénéfice de tous, contribuant ainsi à préparer le monde à l’avènement messianique.

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par Emmanuel Mergui
Emmanuel Mergui est éducateur et membre du comité éditorial de Fr.Chabad.org

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Commentaires des lecteurs
Derniers commentaires:
Envoyé le : May 5, 2012
aimer qui
bravo rav mergui j ai beaucoups apprecie votre developpement super continer dans cette voie
Envoyé par paulin joachim nghaume ebe, libreville, gabon

Envoyé le : Apr 8, 2012
l'animal égorgé
Monsieur le Rabin Mergui,
c'est en fait une question : nombre de gens trouvent cela évidemment barbare mais je pense que celui qui tue ainsi sa bête a trouvé un point "stratégique" qui fait que l'animal n'a pas le temps de s'en rendre compte de ce qui lui arrive. Je lis la Bible (je suis chrétienne) et quand je lis les passages sur les sacrifices, je me dis que de toute façon la main de D.ieu est sur cette bête. C'est une petite réflexion aussi en passant.
Merci de tous ces textes, j'apprends beaucoup.
Amitiés fraternelles Ghislaine
Envoyé par DANIEL Ghislaine, Yvetot, France

Envoyé le : Dec 1, 2011
Réponse
Vous avez raison, l'une des caractéristiques de l'abattage rituel est que celui-ci est indolore pour l'animal, car la lame du couteau est tellement affutée que l'animal n'en sent pas le fil. Il se vide de son sang et, à mesure que la pression baisse dans ses veines, il perd doucement connaissance. Les sursauts qui le saisissent alors parfois – pour impressionnants qu'ils soient pour une personne non avertie – sont des réactions nerveuses inconscientes (dans les campagnes, on sait qu'un poulet décapité peut se mettre à courir, mais il est bien mort!).

Dans le même ordre d'idée, la Torah nous interdit la consommation d'un animal blessé (la définition étant: "un animal qui mourra de son affection dans l'année"). Les animaux doivent donc être préservés dans un bon état de santé, et donc ne pas subir de mauvais traitements. Si un animal malade ou blessé est abattu, sa viande est rituellement impropre à la consommation pour les Juifs (non-cachère).

Or, ce que les pseudo défenseurs des animaux voudraient aujourd'hui imposer, consiste à fracasser le crâne de l'animal en lui tirant un boulon dans la tête avec un fusil pneumatique. Vous imaginez-vous être "anesthésiée" de la sorte avant une opération?

Et, outre le fait qu'elle blesse profondément l'animal et le rend irrémédiablement non-cachère, cette technique n'est pas pour autant efficace, car très souvent l'animal est encore conscient et, dans ses derniers instants, souffre atrocement de la tête.
Envoyé par Emmanuel Mergui pour Chabad.org

Envoyé le : Nov 30, 2011
La souffrance animale
L'homme pour se faire soigner ou opérer se fait endormir complètement pour partiellement lui éviter la souffrance. Dieu a demandé que l'animal soit égorgé avec le moins de souffrance possible. Croyez vous que pour vous, vous choisiriez de vous faire égorgé sans être endormi ou assommé de quelconque façon ?? Répondez franchement.
Qu'attendons nous pour instaurer ce qu'on voudrait pour nous? Dieu a bien demandé avec la moins de souffrance possible. Pour les animaux ont en reste à l'age de la pierre.
Envoyé par BACQ Luciane, NAMUR, BELGIQUE



 


Kedochim
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