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Rabbi Judah ha’Hassid

Rabbi Judah ha’Hassid

(4910-4977 ; 1150-1217)

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I

Sefer ha’Hassidim, le « Livre des Hommes Pieux », est incontestablement une contribution très importante à la littérature religieuse juive de tous les temps. Il fut non seulement le livre le plus populaire et le plus lu de Moussar (Éthique Juive) au moyen âge, mais aussi il continue d'être un ensemble de pensées et de principes des plus exaltants de la foi juive orthodoxe.

L'auteur de ce grand livre fut Rabbi Judah ha’Hassid dont les ancêtres, les Kalonymus, n'avaient cessé de contribuer pendant de nombreux siècles à l'enrichissement de l'érudition juive à Babylone, en Italie et plus tard en Allemagne. De génération en génération, ils avaient transmis leurs connaissances en matière de religion juive. Ce trésor, Rabbi Judah ha’Hassid le transmit à son tour à ses disciples tant par la parole que par son œuvre écrite.

Le grand-père de Rabbi Judah, Kalonymus, fut le chef de la communauté juive de Spire, ville importante des bords du Rhin, où il s'était réfugié quand les Croisés eurent dévasté la maison familiale à Mayence. Son fils Samuel, le père de Rabbi Judah, fut un homme dont l'érudition n'avait d'égale que la piété. L'une et l'autre étaient si considérables qu'on le nomma Rabbi Samuel ha’Hassid (le Pieux), ou haKadoche (le Saint). Sa vaste et profonde culture, et le fait qu'il fût le directeur du Beth Hamidrache de Spire ne l'empêchèrent pas de prêcher toujours l'importance de la foi, de la bonne conduite et de la prière, les tenant pour plus vitales que l'étude.

On raconte que, souvent, renonçant à ses habits rabbiniques, il revêtait ceux d'un mendiant ou d'un vagabond et voyageait ainsi déguisé à travers le pays. Il voulait connaître par expérience personnelle toutes les humiliations et les épreuves auxquelles sont en butte les pauvres et les sans-logis. Car si le Juif doit éprouver son caractère, ce n'est pas dans la paisible sécurité de l'étude qu'il y parviendra, mais dans la recherche de l'adversité si aisée à rencontrer au-dehors, dans la rue. Cela, il l'enseigna à ses disciples, parmi lesquels se trouvaient ses deux fils Rabbi Abraham et Rabbi Judah ha’Hassid.

C'est ainsi que Rabbi Samuel, accoutré en marchand pauvre en quête de quelque nourriture et d'un lit où reposer son corps fatigué, alla rendre visite à Rabbi Jacob Tam, l'éminent Tossaphiste. Il demeura plusieurs jours avec le grand érudit, s'asseyant en silence dans un coin derrière le poêle, et suivant attentivement les discussions empreintes de tant d'élévation où s'engageaient « Rabbénou Tam » et ses disciples. Mais il arriva une fois à Rabbi Samuel d'oublier son déguisement et d'intervenir dans les débats, apportant une rectification à l'opinion légale de l'un des rabbins présents. Dès lors, il n'était pas difficile de reconnaître aussitôt le saint Roch Yéchivah de Spire.

On raconte que, dans sa jeunesse, Judah était tout sauf un élève stuD.ieux. Il préférait flâner dans les champs et tirer à l'arc. On dit même qu'il remporta de nombreux prix de tir à la cible dans des concours qui l'opposaient à la noblesse de Rhénanie. À l'âge de dix-huit ans, un accident étrange vint modifier de fond en comble sa vision de la vie. Il devint le fidèle disciple de son illustre père, tant pour l'étude que pour la morale appliquée à la vie quotidienne. Que ce détail soit vrai ou faux, il est incontestable que Rabbi Judah fut à même de rattraper tous les retards de sa jeunesse, s'élevant de degré en degré jusqu'à devenir l'un des maîtres les plus remarquables de son temps, et l'un des exemples vivants de piété profonde autant que de vaste culture juive. Malheureusement, il n'était encore qu'un tout jeune homme quand son père mourut. Aux environs de 1195, par suite des attaques incessantes des bandes de Croisés et d'une populace déchaînée contre le ghetto de Spire, il devint impossible aux Juifs de cette ville de se consacrer tranquillement, comme par le passé, à leur étude et à leur travail. Rabbi Judah ha’Hassid fut parmi ceux qui fuirent vers le sud pour échapper aux cruels sévices de ces hordes.

Des années de souffrances et une expérience amère que contribuèrent à former ses rapports avec les non-juifs ont eu une influence directe sur la partie de Sefer ha’Hassidim qui traite du comportement le plus adéquat du Juif dans ses relations avec ses voisins d'une autre religion. Rabbi Judah remonta la vallée du Rhin, traversant des douzaines de villes dont les communautés juives naguère florissantes avaient été dévastées par les Croisés. Puis il longea le Danube à la recherche d'un endroit où s'établir et édifier à nouveau une vie juive. Il jeta son dévolu sur la ville de Regensburg, ou Ratisbonne, que gouvernaient alors des princes libéraux et humains. Ces derniers ne tardèrent pas à se rendre compte des dons exceptionnels et de la grandeur morale du nouveau résident juif et l'attirèrent dans le cercle des érudits dont ils s'étaient entourés. Ainsi raconte-t-on que l'évêque passa des soirées entières en sa compagnie, et le duc de Regensburg eut recours à ses connaissances en astronomie et en astrologie.

Que Rabbi Judah fût très versé en ces sciences, cela est confirmé par Rabbi 'Haïm Joseph David Azoulaï, connu sous l’acronyme de ses initiales « ‘Hida », célèbre lexicographe juif et grand voyageur qui allait de continent en continent à la recherche de manuscrits hébraïques. Il relate, en effet, avoir vu un ouvrage d'astronomie intitulé Guématrioth et dont l'auteur n'était autre que Rabbi Judah ha’Hassid.

L'illustre réfugié de Speyer fonda une Yéchivah à Regensburg dont sortirent des érudits célèbres tels Rabbi Eléazar de Worms, connu sous le nom de Rokéa’h, d'après le titre de son œuvre la plus importante. En même temps que lui, un autre grand disciple de Rabbi Judah ha’Hassid, fréquenta la Yéchivah : Rabbi Yits'hak ben Moché, auteur du Or Zaroua et l'homme dont les décisions en matière de religion eurent force de loi auprès des communautés juives d'Autriche, de Hongrie, de Moravie et d'Italie pendant des siècles. Un troisième disciple de Rabbi Judah fut le Tossaphiste Rabbi Baroukh ben Samuel de Mayence, auteur du Sefer Ha'Hokhmah. Ce ne sont là que quelques-uns des centaines d'étudiants qui s'assirent aux pieds de Rabbi Judah ha’Hassid dans sa Yéchivah de Regensburg. Parmi eux se trouvait également le fameux voyageur à travers le monde, Rabbi Péta’hiah de Regensburg dont les notes furent réunies et éditées par Rabbi Judah. Il les fit publier par ses élèves sous le titre de Sibouv Rabbi Pétahiah quand l'auteur mourut prématurément succombant aux fatigues d'un voyage qui lui fit faire la moitié du tour du monde.

II

Rabbi Judah ha’Hassid qui est surtout connu pour ses ouvrages d'éthique eut une connaissance approfondie de tout ce qui avait trait aux Halakhoth, bien qu'il condamnât la méthode alors très répandue du Pilpoul qu'il tenait pour un moyen d'approche stérile du Talmud, le but essentiel de celui-ci étant l'action, une conduite bonne et pieuse, et non la théorie pure, ni la discussion pour le plaisir de la discussion. Beaucoup de ses contemporains illustres le consultaient et citaient ses opinions dans les recueils réunissant leurs réponses. Le Tachbets contient certaines de ces décisions halakhiques de Rabbi Judah ha’Hassid que cite, par ailleurs, à plusieurs reprises Rabbi Meïr de Rottenburg. Le disciple de Rabbi Judah, le Or Zaroua, parle de son « Grand et sage maître » comme du fondement sur lequel s'appuient nombre de ses décisions religieuses. Gan Bossem, le « Jardin des Épices », est le titre du recueil peu connu de réponses de Rabbi Judah ha’Hassid. D'autres disciples prirent des notes au cours de ses conférences hebdomadaires sur la Paracha que le grand érudit donnait dans sa Yéchivah tous les vendredis. Il n'existe pas une copie complète de ce commentaire, mais beaucoup de commentateurs du 'Houmache, postérieurs à Rabbi Judah ha’Hassid, citent certaines de ses explications.

Mieux connues que l'œuvre halakhique de cet homme éminent sont ses contributions à notre Sidour lesquelles sont récitées dans nombre de communautés. Elles comprennent les sept Chirei Hayi'houd et le Chir Hakavod, quelques Seli’hoth tels que Elokim leIsraël, Ezkérah Yom Moti, la prière Yékhaheh Dimathi et beaucoup d'autres d'une grande profondeur de sentiment et de pensée et d'une beauté poétique admirable. Rabbi Judah écrivit également plusieurs commentaires aux prières et au Ma'hzor, ainsi que le Sefer Ha'Hokhmah consacré aux lois et aux coutumes de la prière.

Mais l'œuvre la plus importante de Rabbi Judah ha’Hassid demeure le Sefer ha’Hassidim mentionné plus haut, le « Livre des Hommes Pieux ». Là il perpétue les enseignements de son père vénéré, et les développe en un programme complet de piété et de foi. Ce qui induisit de nombreux érudits à attribuer les deux premières parties du Sefer ha’Hassidim, le Sefer HaYirah et le Sefer HaTechouvah à Rabbi Samuel le Pieux plutôt qu'à son fils. La question est difficile à trancher. En tout état de cause Rabbi Judah le Pieux déploya tous ses efforts en vue d'enseigner au peuple juif l'importance de l'honnêteté et de la sincérité dans la prière, comme dans tous les rapports personnels avec D.ieu et avec le prochain, ces vertus ayant de loin le pas sur toutes les sciences, sur l'érudition et sur la piété superficielle. La prière doit surgir des couches les plus profondes du cœur et non d'un automatisme labial, « car à quoi sert la prière si le cœur ignore ce que profère la bouche ? ». L'auteur a souvent recours à des histoires pour illustrer ses explications et consigne dans son ouvrage beaucoup de coutumes et de croyances. Il parle en termes d'une extrême franchise des rapports prudents que ses frères doivent avoir avec les non-juifs ; et son expérience malheureuse avec les Croisés est la cause de ses exhortations à ne pas accepter ou même feindre d'accepter une autre religion pour avoir la vie sauve. « Il est interdît de sauver sa propre vie à l'approche des hordes (de Croisés) en exhibant des croix ou d'autres symboles de leur foi ou en se rendant à leurs églises. »

Il n'est pas une phase de la foi juive ou du comportement moral qu'ait négligé Rabbi Judah ha’Hassid dans cette grande œuvre éthique sur la piété. Ses disciples Rabbi Eléazar, auteur du Rokéa’h, révisa le Sefer ha’Hassidim après la mort de son maître et y ajouta quelques chapitres. Ce fut l'un des premiers ouvrages et des plus imprimés de toute la littérature juive et sa popularité n'a pas diminué jusqu'à nos jours.

III

Bien des légendes sont rapportées sur la vie toute de sainteté de Rabbi Judah ha’Hassid. Dans la ville de Worms, avant qu'Hitler ne détruisît tous les vestiges de l'histoire juive, l'on pouvait voir une niche creusée dans le mur. La légende veut qu'un carrosse, passant dans l'étroite rue du Ghetto, avait écrasé contre ce mur – qui était celui de la synagogue – Rabbi Judah ha’Hassid. La construction avait miraculeusement cédé, accueillant le corps du sage et lui sauvant ainsi la vie. Une autre fois il sauva aussi miraculeusement d'un baptême forcé un enfant enlevé. On dit qu'Eliyah le prophète fut son hôte à la table du Sédère et qu'il avait été aperçu à ses côtés à la synagogue de Regensburg.

Ces légendes et d'autres semblables sont une preuve de la grande vénération que professait le peuple juif pour l'homme auquel il devait tant.

Rabbi Judah ha’Hassid eut un fils nommé Moïse, connu comme étant l'auteur d’un commentaire de la Bible.

par Nissan Mindel
Extrait du mensuel "Conversations avec les jeunes".
Publié par les éditions Kehot, une division de Merkos L'Inyonei Chinuch, Inc.
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