AVANT-PROPOS
Vers la fin des années cinquante, un concept défiait les meilleurs astrophysiciens du temps : celui de « vitesse nécessaire pour échapper à l'attraction terrestre ». Une fois le premier vaisseau spatial mis sur orbite, son approvisionnement en énergie ne poserait plus problème. Mais, comment donner à cet artefact terrestre assez de puissance pour briser les chaînes de la gravitation ? Il fallait atteindre un point critique où il cesserait de tourner autour de la terre comme un papillon fou autour d'une bougie et prendrait son envol véritable pour son voyage dans l'espace.
Dans cette période-là, le Rabbi utilisa cette notion pour illustrer le défi auquel fait face tout Juif sincère. On peut se satisfaire de sa routine quotidienne, qui n'exclut pas, au contraire, toutes sortes d'actions positives. Mais, si, un jour, on aspire à se libérer d'un tel carcan mental, fait de complaisance, d'habitude et de grisaille, qui interdit tout progrès, on devra avoir recours à un surcroît d'énergie prodigieux. Il sera nécessaire de briser ces entraves, d'atteindre la « vitesse » voulue pour échapper à ses propres limites.
En cette veille du 28 Nissan 5751 (11 avril 1991), dans un discours tout à fait inhabituel, le Rabbi tourné vers les 'hassidim présents, ce soir-là, dans la synagogue, en appela à tous directement : « Que puis-je faire de plus pour pousser le peuple juif à réclamer, et ainsi faire en sorte, que Machia 'h vienne ? Tout ce que j'ai fait jusqu'ici n'a servi à rien. Car nous sommes toujours en exil... Tout ce que je peux faire, c'est de vous remettre le problème. Maintenant, faites tout ce qui est en votre pouvoir pour amener Machia'h, ici et maintenant, immédiatement... »
Pour des milliers de 'hassidim autour du monde, le défi lancé par le Rabbi fut ce point critique qui leur conféra la puissance nécessaire pour ouvrir de nouveaux chantiers, entreprendre une œuvre dont ils n'avaient pu, jusqu'ici, que rêver. Ce fut la source d'énergie qui leur permit de prendre leur envol avec, pour toujours, le dynamisme de cette vélocité indépassable.
Un jour d'une importance particulière
Aujourd'hui revêt une importance particulière1, d'autant plus que ce jour est lié à la Délivrance ultime. Ce lien s'exprime dans l'année et le mois en cours, comme dans le jour du mois, la semaine et le jour de la semaine. Ce lien apparaît aussi dans le jour du décompte de l'Omer2 à propos duquel nos Sages enseignent3 : « C'est une mitsva, un commandement de D.ieu, de compter les jours, c'en est une autre de compter les semaines. »4
À cette occasion il faut souligner comme il est essentiel que nous parachevions notre service de D.ieu afin de réaliser la véritable, l'ultime Rédemption.
Le lien avec l'année en cours
Comme il a déjà été souvent dit, les lettres en hébreu qui forment le numéro de l'année, 5751 — Tav Chin Noun Alef, sont les initiales des mots qui constituent la phrase Téhé Chnat Arénou Niflaot — « Ce sera une année où Je vous montrerai des merveilles ».
Il convient de noter que, dans l'ordre adopté généralement pour écrire ces lettres (et qui est significatif selon la loi juive puisque les documents à caractère juridique doivent être datés en suivant ce système, plaçant les dizaines avant les unités)5, le noun figure avant le alef, « niflaot arénou » (des merveilles, Je vous montrerai) plutôt que « arénou niflaot » (Je vous montrerai des merveilles). À l'inverse, c'est dans l'ordre arénou niflaot que ces mots apparaissent dans le verset : « Comme aux jours de la sortie d'Égypte, Je vous montrerai des merveilles. »6
Ces deux manières d'ordonner les mots nous permettent de mieux comprendre la nature de l'année. La première formulation, niflaot arénou, implique que les merveilles peuvent exister sans être pour autant révélées. Cette notion apparaît dans l'enseignement de nos Sages7 qui déclarent que « le miraculé peut ne pas être conscient du miracle qui lui est arrivé ». Bien que les « merveilles » soient plus grandes que les « miracles », il est possible qu'elles soient de nature si transcendante que seul D.ieu peut en saisir la portée. Dans ce cadre, le verset « Il accomplit des merveilles, Seul »8 s'interprète comme : « certaines merveilles sont trop grandes pour qu'un autre être que D.ieu puisse en avoir une juste appréciation. »9
Le mot arénou placé en seconde position, « Je vous montrerai », signifie alors que D.ieu Lui-même révélera ces miracles, permettant à nos yeux de chair de les voir10. Nous saurons donc apprécier leur valeur non pas parce qu'ils ne sont pas grands, mais parce que D.ieu se préoccupe de nous les montrer alors que leur absolue transcendance fait que, habituellement, Lui seul peut les voir. Si ce n'était cela, le monde, dans le cadre de ses lois de nature, ne pourrait les percevoir.
Néanmoins, l'ordre inverse des mots, arénou niflaot, est également significatif. Il implique que, dès l'origine, la révélation des merveilles, bien que transcendant le cadre limité de nos références, est déjà présente.
Il est clair que ces deux ordonnancements se complètent l'un l'autre. En effet, arénou niflot signifie qu'un degré transcendant de la Divinité sera révélé, mais que cette révélation sera le pur fait de D.ieu, sans qu'elle soit réellement liée au cadre de notre monde. À l'inverse, niflaot arénou souligne que la révélation pénétrera notre monde matériel. Toutefois, par voie de conséquence, sa nature ne sera pas manifestement transcendante.
Le stade ultime résulte donc de la combinaison de ces deux ordonnancements. Car, alors, les degrés les plus transcendants de la révélation pénètrent chaque aspect de ce monde matériel. Ceci fait, en tout premier lieu, référence aux merveilles décrites dans la prophétie, « Comme aux jours de la sortie d'Égypte, Je vous montrerai des merveilles » — soit la révélation des prodiges de notre authentique Délivrance par la venue de Machiah.11
Le lien avec le mois en cours
Nissan est un mois de libération,12 celui de la sortie d'Égypte ainsi que de notre future Délivrance. Nos Sages déclarent : « En Nissan, ils furent libérés, c'est en Nissan qu'ils le seront encore. »13
Le lien avec le jour en cours
Nous nous trouvons pendant la nuit du 27 au 28 Nissan. Chacune de ces dates est significative. Le chiffre 27 équivaut numériquement au mot zakh, qui signifie « pur », comme dans la phrase « de l'huile d'olive pure ».14 Une telle huile produit une puissante lumière ; ainsi, la date du 27 reflète comme Nissan (représentant la Délivrance) sera brillamment révélé.
Le chiffre 27 a également ceci de remarquable qu'il est constitué de trois fois neuf. Le trois est lié à la notion de 'Hazakah, la triple répétition d'un fait qui lui confère force et permanence15 comme ce fut le cas pour la succession de trois jours saints d'affilée en début d'année (Roch Hachanah et Chabbat). Le neuf lui-même équivaut à trois fois trois, soit une 'Hazakah dans une 'Hazakah (comme elle apparut dans la répétition par trois fois de la succession de trois jours saints pendant les fêtes de Tichri), et 27 est un multiple de trois.
Le chiffre 28 est l'équivalent numérique du mot koa'h, « force », qui reflète la puissance de Nissan, c'est-à-dire la Délivrance. Bien plus, il indique que toutes les potentialités nous ont déjà été données pour amener la Rédemption.
Le lien avec la semaine en cours
Cette semaine est liée à la Parchat Chemini.16 Chemini signifie « le huitième » et a donc un rapport avec la Délivrance qui s'identifie au chiffre huit.17 Ce jour, veille du Chabbat18 où on lira toute cette Paracha,19 met particulièrement l'accent sur cette idée. De plus, c'est la troisième semaine (et donc une 'Hazakah) associée à la Parchat Chemini, dont nous avons lu la première partie huit fois, compte tenu des lectures de Chabbat après-midi, de lundi et de jeudi. Dans l'échelle de la Délivrance, ces lectures recommencées désignent le huitième degré.
Le sens de la période actuelle apparaît également dans les prochains jours.20 Le 29 Nissan, veille de Roch 'Hodech (Iyar21 ) est souvent décrit comme Yom Kippour Katan, un « petit Yom Kippour ».22 Nos Sages enseignent que Yom Kippour est le jour du mariage de D.ieu avec le peuple juif (car c'est ce jour que furent données les deuxièmes Tables de la Loi23 ). L'accomplissement absolu de ce mariage interviendra avec la Rédemption.24
Cette année se distingue particulièrement des autres en cela que la veille de Roch 'Hodech tombe Chabbat.25 En un tel cas, on récite les prières de supplication liées à Yom Kippour Katan, la veille de ce jour.26 En effet, seule la joie apparaît pendant Chabbat, comme nos Sages l'indiquent : « “Aux jours de votre joie” – il s'agit des Chabbatot. »27 De plus, le Chabbat lui-même reflète la Délivrance, décrite comme « le jour de Chabbat et de repos pour l'éternité ».28
Arrive alors le Roch 'Hodech. Il est concrétisé par le renouveau de la lune, phénomène étroitement lié au peuple juif qui « ressemble à la lune, établit son calendrier selon elle,29 et sera finalement (par la venue de Machia'h) renouvelé comme elle ».30 Ce mois-ci comprend deux jours de Roch 'Hodech, le premier nous conduisant au second, qui est, lui-même, le premier jour du nouveau mois.31 De cette manière, la dimension de Roch 'Hodech associée à l'idée de Délivrance est encore renforcée.32
Nous avançons ensuite au 2 Iyar, l'anniversaire de la naissance du Rabbi Maharach.33 Les 'hassidim soulignent le lien entre ce jour et la Sefirah34 Tiférèth ChébéTiférèth (« la Beauté dans la Beauté »)35 qui est évoquée, à ce moment, dans le décompte de l'Omer. C'est que ce jour est marqué par un comportement caractéristique connu sous le nom de Lékhate'hilah Ariber. Comme le Rabbi Maharach disait36 : « Habituellement les gens pensent que, si on ne peut pas franchir un obstacle en passant par dessous, il faut passer par dessus. Moi, je dis Lékhate'hilah Ariber, il faut passer d’emblée par-dessus. » Cette manière d'être présente également un effet rétroactif, agissant sur tous les jours précédents, depuis le 27 Nissan, et leur conférant la capacité de refléter les qualités de Tiférèth ChébéTiférèth et de Lékhate'hilah Ariber.
Le lien avec le jour décompté dans l'Omer
La période du décompte de l’Omer unit Pessa'h, « le temps de notre liberté », à Chavouoth, « l'époque du Don de notre Torah ». Ce décompte souligne donc le fait que la sortie d'Égypte avait pour aboutissement le Don de la Torah. De même, il révèle que la sortie imminente de notre exil124 doit nous conduire à un nouveau Don de la Torah37 — la révélation d'une « nouvelle (dimension de la) Torah qui sortira de Moi ».38
Le décompte de l'Omer reçoit, cette année, un accent particulier du fait que Pessa'h est tombé Chabbat. À propos du verset « Ce seront sept semaines parfaites »,39 le Midrach commentera.40 « Quand sont-elles parfaites ? Quand Pessa'h tombe Chabbat, et que notre décompte commence samedi soir. Alors elles sont parfaites », « car elles commencent le premier jour de la semaine et se terminent le Chabbat ».41 Dans la mesure où ce décompte est toujours lié à l'idée de « perfection », cette année présente ce caractère à un degré plus élevé,42 « la perfection à l'intérieur de la perfection ». Un tel fait rajoute encore à celle du concept de Délivrance.
Le décompte précis auquel on est parvenu ces jours-ci43 est porteur d'enseignements particuliers. Le 27 Nissan est le douzième jour de l'Omer. Le chiffre douze représente les douze tribus d'Israël, l'ensemble du peuple juif qui sera réuni lors de la venue de Machia'h. Le 28 Nissan est le treizième jour de l'Omer. Ce chiffre est la valeur numérique du mot é'had,44 qui signifie « un », ce qui renvoie à la prophétie qui annonce : « En ce jour, D.ieu sera Un et Son nom sera Un. »45
Ceci nous amène au quatorzième jour de l'Omer. Ce chiffre équivaut numériquement au mot yad, qui signifie « main ». Dans le récit de la sortie d'Égypte, ce terme est mentionné trois fois46 : la « main forte » de D.ieu,47 la « main haute » des Juifs48 et la « grande main » de D.ieu.49
Nous arrivons alors au quinzième jour de l'Omer, un chiffre qui évoque la pleine lune,50 ce qui manifeste un état de plénitude pour le peuple juif ainsi qu'il a été expliqué.
Une question bouleversante
Du fait de cet accent particulier mis, dans cette période, sur la Délivrance, une interrogation ne peut manquer d'être soulevée : Comment est-il possible qu'en dépit de tout cela, Machia'h ne soit pas encore venu ? C'est au-delà de toute compréhension.
C'est le même étonnement quand dix (et plusieurs dizaines de) Juifs se rassemblent en un moment si propice à la Délivrance et qu'ils ne réclament pas à cris assez grands pour faire venir Machia'h tout de suite. Ils sont prêts, D.ieu nous en préserve, à accepter la possibilité que Machia'h ne vienne pas cette nuit, ni demain, ni après-demain, D.ieu nous en préserve.
Même lorsque les gens crient Ad Mataï (« jusqu'à quand allons-nous rester en exil ? »), ils ne le font que parce qu'on le leur a demandé. Si leur désir avait été plus réel et s'ils avaient crié avec sincérité, Machia'h serait certainement déjà venu.
Que puis-je faire de plus pour pousser tout le peuple juif à réclamer que Machia'h vienne ? Tout ce que j'ai fait jusqu'ici n'a servi à rien. Car nous sommes toujours en exil. Plus encore, nous sommes dans un exil profond en ce qui concerne notre service de D.ieu.
Tout ce que je peux faire est de vous remettre le problème. Maintenant, faites tout ce qui est en votre pouvoir pour amener Machia'h, ici et maintenant, immédiatement. Agissez avec toute l'énergie et la puissance des lumières de Tohou, contrebalancée par la stabilité des kelim de Tikoun.51
Que ce soit la volonté de D.ieu que se trouvent finalement dix Juifs assez obstinés pour obtenir l'accord de D.ieu d'amener la Délivrance véritable et complète, ici et maintenant, immédiatement.52 Leur résolution inébranlable rencontrera sans aucun doute Sa faveur, comme il apparaît dans l'interprétation53 du verset54 : « Car ils sont un peuple à la nuque raide ; (c'est pour cette raison) que Tu pardonneras nos fautes et nos erreurs et que Tu feras de nous Ta possession. »
De mon côté, pour encourager et hâter la venue de la Délivrance, je vais distribuer de l'argent à chacun de vous pour que vous le donniez à la tsédakah, la charité, car « la tsédakah est grande qui hâte la Délivrance ».55
J'ai fait tout ce que j'ai pu ; à partir de maintenant, vous devez faire tout ce que vous pouvez. Puisse D.ieu vouloir qu'il y ait parmi vous une, deux ou trois personnes qui sauront voir ce qu'il convient de faire. Puissiez-vous réussir et amener la vraie et complète Délivrance. Puisse cela se produire immédiatement, avec joie et le cœur content.
D'après un discours du Rabbi de Loubavitch, prononcé le 28 Nissan 5751 (12 avril 1991)