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Banc public

Lumière dans le parc

La voiture était magnifique. Tandis que nous admirions notre œuvre à travers les flocons de neige qui dansaient gaiement – certainement en l’honneur de ‘Hanouccah - je dus admettre que c’était effectivement la plus belle voiture-Ménorah que j’avais jamais vue. Cette solide voiture louée, avec la Ménorah fermement attachée sur son toit, avait fière allure : les gens la remarqueraient et s’intéresseraient à tout ce que nous pourrions leur apporter à propos de la fête.

Nous avions projeté de nous rendre dans les centres commerciaux et les maisons de retraite – n’importe où, de fait, où nous pourrions répandre le message de ‘Hanouccah.

Le véhicule était bourré de petits chandeliers en aluminium et de paquets de bougies que nous – sept ou huit étudiants de Yechiva – étions chargés de distribuer aux Juifs que nous allions rencontrer.

Mes camarades discutaient des dernières merveilles de la technologie qui permettaient aux ampoules placées dans la Ménorah de la voiture d’illuminer le monde. Quant à moi - peu au fait de la différence entre un alternateur et un générateur - je décrochai et me mis à observer la sérénité de la nuit hivernale à l’extérieur.

Nous arrivions à destination, un énorme complexe résidentiel de Brooklyn, non loin de notre Yechiva (université talmudique).

Dans les années 70, les portes de l’URSS s’étaient entrouvertes et Trump Village était devenu un point d’accueil pour des milliers de nouveaux immigrants.

Souvent âgés, ces Juifs avaient survécu à des dizaines d’années de lavage de cerveau communiste et avaient gardé intacte leur identité juive. Ils étaient peu intéressés à l’étude de la Torah ou à la pratique des commandements. Nous espérions cependant parvenir à allumer au moins l’une ou l’autre flamme.

Je l’ai aperçu, un homme de 70 ou 75 ans, assis sur l’un de ces bancs publics que les New Yorkais connaissent si bien. En bois vert, le banc faisait face à une table d’échecs. L’homme restait juste assis, observant les voitures qui fonçaient dans la nuit glaciale.

« Joyeux ‘Hanouccah ! Venez, allumons la Ménorah ! » dis-je en sautant de la voiture, espérant qu’il m’aiderait à accomplir le but que je m’étais fixé, inspirer au moins 10 Juifs à allumer les lumières de la fête ce soir-là.

- Laissez-moi tranquille ! me répondit-il en yiddish. Cela ne m’intéresse pas !

Je tentai d’assouplir ses positions, j’expliquai l’histoire de ‘Hanouccah, j’ai plaidé autant que je savais le faire (et, à l’époque, j’étais jeune et peu diplomate…) mais il restait ferme : « Non ! Merci ! Bonne nuit ! »

Sentant malheureusement que l’occasion me filait entre les doigts, je n’étais néanmoins pas résolu à tout laisser tomber. Je lui tendis une petite Ménorah en aluminium, la posai sur la table d’échecs, insérai quatre bougies en couleur dans les « godets » qui semblaient toujours avoir été prévus pour des bougies plus minces que les miennes. Je les allumai et me tournai vers le vieil homme : « Voici la Ménorah ! Si vous la voulez, elle est à vous ! Et sinon, tant pis ! » Je laissai aussi le reste de la boîte de bougies sur la table.

L’homme ne réagit pas ; je rejoignis mes amis dans la voiture.

Nous avons continué notre expédition, frappant pratiquement à toutes les portes et, D.ieu soit loué, nous avons réussi à ce que de nombreux Juifs allument, ce soir-là les quatre bougies de la fête et s’engagent à continuer les quatre jours suivants.

Il se faisait tard, il était temps de rentrer chez nous pour allumer nos propres chandeliers.

Je continuai de penser à ce vieux Juif russe assis seul sur le banc face à l’autoroute.

« Repassons par l’endroit où nous avons stoppé près de ce vieil homme. » J’étais curieux : qu’avait-il fait de la Ménorah ? L’avait-il jetée ou peut-être l’avait-il laissé se consumer, une pauvre petite Ménorah abandonnée sur une table d’échecs ?

Il y a des images qui ne vous quittent pas, des événements qui laissent une impression indélébile sur votre psyché et dont même 30 ans plus tard, vous vous souvenez clairement.

C’en était une.

Je revois cet homme assis sur le banc. Les yeux humides, une grosse larme coulant sur sa joue gauche. Les bougies sont presque éteintes, il les regarde. Il les regarde et il pleure. Des flammes rencontrent des flammes et une âme s’allume.

J’ignore où il se trouve maintenant. Je ne connais même pas son nom.

Mais je sais que j’ai eu le privilège d’assister à un événement marquant ce soir-là.

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par Haim Drizin
Version française par Feiga Lubecki – La Sidra de la Semaine

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